janvier, 2022

2022sam08jan17h0019h00L’innovation thérapeutique française : l’étrange défaiteAvec Bernard MEUNIER17h00 - 19h00 A préciser Intervenant: Bernard Meunier Types d'événement:Conférences-débats Thème(s)Economie,Industrie,Politique,Santé,Sciences

Détails de l'événement

L’annonce par l’Institut Pasteur de l’arrêt de son projet de vaccin contre le coronavirus SRAS-CoV-2 laisse un goût amer chez les scientifiques et dans l’opinion publique. Ce goût, c’est celui d’une « étrange défaite », non pas celle de 1940 si bien décrite par Marc Bloch, mais une défaite biomédicale dans le pays de Pasteur. Le groupe pharmaceutique Sanofi, avec ses racines françaises, ne fait pas mieux. Son vaccin, dont le projet est remis en chantier, ne sera pas prêt avant des mois. L’innovation thérapeutique ne peut se faire que dans les pays où le continuum recherche-innovation fonctionne réellement. En parler ne suffit pas, ce n’est pas une antienne que l’on rabâche en se berçant d’illusions au fil de discours rassurants.

L’Allemagne fait la course en tête avec un vaccin à ARN dont les créateurs ont des liens forts avec l’Université de Mayence et la Grande-Bretagne arrive avec un vaccin conçu à l’Université d’Oxford. Très vite, des grands groupes pharmaceutiques agiles se sont associés à ces projets, démontrant combien l’association des compétences universitaires et industrielles fonctionne dès lors que la collaboration est réelle. Par ailleurs, même si peu de personnes le savent, l’agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) a cessé, au début des années 2000, de financer les recherches sur les antiviraux chimiques, ce qui nous a laissé en dehors de la création de la trentaine de médicaments utilisés couramment dans le traitement du sida.

Cette crise sanitaire vient ainsi de mettre en évidence ce qui se disait souvent à demi-mot : nous avons décroché par rapport au peloton de tête. Le nier, ou simplement soutenir que cela est dû à un manque de moyens financiers, ne sera pas une réponse suffisante, ni pour l’opinion publique largement sollicitée pour faire des dons pour la recherche biomédicale, ni pour la communauté scientifique. Nous exportons facilement des chercheurs de talent dans des universités étrangères et nous savons maintenant que le dirigeant de la société américaine qui produit un autre vaccin à ARN est un français, formé et ayant exercé dans notre pays. Osons regarder et comprendre les raisons de ce décrochage. Évitons de dire que tout va bien et que quelques milliards de plus suffiraient.

La gouvernance de nos structures de recherche est-elle adaptée aux enjeux actuels ? Non. Les chercheurs français sont las de devoir passer leur temps à remplir des papiers inutiles, ce qui les détournent de leur véritable activité, celle de chercher pour trouver, parfois, de bonnes solutions à des problèmes de santé publique. Le financement de notre recherche utilise de manière excessive la méthode des appels à projets, lesquels sont trop souvent rédigés par des comités plus fascinés par des listes de mots-clés que par le soutien aux chercheurs et aux équipes compétentes. La sélection des projets laisse trop souvent la place à des critères annexes, avec le souci de faire plaisir à tout le monde en étant « à la mode ». Cela conduit à une recherche dont le premier but est devenu celui de produire des publications que les organismes d’évaluation comptent. Peu importe l’intérêt et la qualité, c’est le nombre qui compte. Prendre des risques sur des sujets de recherche difficiles ne rapporte rien aux chercheurs. Certains infectiologues ont « réussi » à signer des dizaines et des dizaines de publications sur la Covid-19 en 2020 (de 6 à 10 par mois pour certains !). Les publications des CHU sont comptabilisées par un système, dont l’acronyme est « Sigaps », permettant aux services qui ont le plus de publications d’avoir un petit bonus financier.

Il est temps de revenir à la raison, d’alléger la bureaucratie, et de soutenir les équipes de recherche qui sont engagées dans cette compétition internationale qu’est la recherche biomédicale, sans en oublier sa raison d’être, c’est-à-dire améliorer les soins et aider à la création de nouvelles thérapies. Nous ne pouvons nous contenter d’importer des vaccins et des médicaments. Il faut prendre conscience que le contribuable et les donateurs ne sauraient indéfiniment soutenir financièrement des institutions qui resteraient en retrait des structures équivalentes d’autres pays de taille comparable. La France doit continuer à être un pays de création de vaccins et de médicaments. Nous ne pouvons faire fi de notre histoire.

Avec Bernard MEUNIER

Directeur de recherche émérite au CNRS (classe exceptionnelle) au Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS à Toulouse et « Distinguished Professor » au Département de Chimie de l’Université de Technologie de Guangdong (Chine) depuis 2012. Après une thèse de troisième cycle avec Robert Corriu à l’Université de Montpellier (en 1971), il obtient un doctorat d’État de l’Université de Paris-Orsay (1977) préparé avec Hugh Felkin à l’Institut de chimie des substances naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette. Après un stage post-doctoral à l’Université d’Oxford (1977-1978), il rejoint en 1979 le Laboratoire de chimie de coordination du CNRS à Toulouse en se consacrant à la chimie biomimétique d’oxydation (cytochromes P450, peroxydases et catalase). Il a développé de nombreux travaux en chimie thérapeutique (antitumoraux et antipaludiques avec la création de la société Palumed en 2000). Actuellement, il met au point de nouveaux chélateurs spécifiques pour réguler l’homéostasie du cuivre dans la maladie d’Alzheimer. L’ensemble des travaux de B. Meunier a donné lieu à plus de 410 publications et 33 brevets. Ils ont donné lieu à plus de 22 300 citations (Web of Sciences, août 2021). Il a enseigné à l’École Polytechnique de 1993 à 2006. Il a été professeur invité au Collège de France (2014-2015). Président du CNRS de 2004 à 2006. Élu à l’Académie des sciences en 1999, il en a été le Président (2015-2016). Il est membre de l’Académie Nationale de Pharmacie depuis 2013.
Activités éditoriales
– Éditeur de ”European Journal of Inorganic Chemistry” (1998-2004).
– Éditeur associé du Bulletin de la Société Française de Chimie (1996-1997).
– Membre des Comités éditoriaux de : “New Journal of Chemistry” (1995-97, 2001-2007), “J. Molecular Catalysis” (1996-2006), “J. Biological Inorganic Chemistry” (1996-1999), “Journal of Porphyrins and Phthalocyanines” (1997-2000), “J. Organomet. Chem.” (1999-2008), Comptes Rendus de l’Académie des Sciences (2000- ), ChemBioChem (2005-2010), Acc. Chem. Res. (2005-2007), J. Bioinorg. Chem. (2005-2008), Angew. Chem. Int. Ed. (2006-2014), J. Org. Phys. Chem. (2007-2011).
– Éditeur du livre “DNA and RNA Cleavers, and Chemotherapy of Cancer and Viral Diseases”, Kluwer, 1996.
– Éditeur-invité du n° spécial de “J. Molecular Catalysis” ‘Recent Developments in Biomimetic Oxidation Catalysis’, vol. 113, 1996.
– Auteur du cours de “Chimie biologique et thérapeutique” de l’Ecole Polytechnique (1997, 8ème édition en 2004).
– Éditeur de “Biomimetic Oxidations Catalyzed by Transition Metals Complexes”, Imperial College Press (mars 2000).
– Éditeur-invité du volume de “Structure & Bonding” ‘Metal-oxo and Metal-peroxo Species in Catalytic Oxidations’ (vol. 97, Mai 2000).
– Membre du comité d’organisation du premier EUROBIC (European meeting on Bioinorganic Chemistry) issu de la réunion de Sambas et Simbic, Newcastle, juillet 1992.

 

 

 

Heure

(Samedi) 17h00 - 19h00

Adresse

A préciser

Intervenant

Bernard Meunier

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