Crise de l'Europe, crise de l'Occident : des réponses pour choisir son avenir

2026mer18mar18h0020h00Crise de l'Europe, crise de l'Occident : des réponses pour choisir son aveniravec Nicole GNESOTTO, Vice-présidente de l'Institut Jacques Delors18h00 - 20h00 Amphithéatre Marsan, 2 rue des puits creusés

Détails de l'événement

Crise de l’Europe, crise de l’Occident : des réponses pour choisir son avenir

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Avec Nicole GNESOTTO
Vice-présidente de l’Institut Jacques Delors et professeure émérite du CNAM. Experte des questions géopolitiques.
Face à la complexité du contexte géopolitique, rendu encore plus aléatoire par certains dirigeants anti-démocratiques de grandes puissances, le simplisme stratégique n’est plus de mise. Mais l’Europe a des cartes en main pour choisir son avenir.

Dans son dernier ouvrage «  Fractures dans l’Occident. Comment en est-on arrivé là, comment en sortir ? » (octobre 2025), Nicole Gnesotto fait un état des lieux socio-géopolitique de notre monde actuel et propose quelques pistes pour avancer dans ce chaos naissant.
Pour rappel historique, après de nombreux siècles de rapport de forces entre régions et/ou états, avec leurs cortèges de guerres et de massacres, dans le sillage du siècle des Lumières européennes, après 1945 les états occidentaux démocratiques ont créé des institutions afin de remplacer le droit du plus fort par la force du droit, au niveau des états et au niveau international comme par exemple l’ONU, l’OMC, le FMI, .…, au service de la paix et de la prospérité.
Mais depuis une vingtaine d’années, il ne surprendra personne qu‘une régression démocratique est à l’œuvre dans l’occident, systématiquement menée par des dirigeants et des partis politiques antilibéraux en Europe et aux États-Unis (qui était le dernier rempart démocratique avant D. Trump). Et la situation illibérale en Afrique, en Asie, au Moyen Orient ou en Russie s’est aussi dégradée.
Côté « pays du Sud », il y a souvent un désir de revanche par rapport au passé colonial, à la main mise sur les ressources naturelles après les épisodes de colonisation, et à l’arrogance de l’Occident à détenir la vérité.
Contrairement aux prophéties de certains penseurs, le libéralisme économique étendu à l’échelle mondiale n’a pas engendré un monde pacifique (par l’interdépendance) et « la fin de l’histoire » (par le rapprochement des modes de vie).
Dans les pays du sud, ce libéralisme mondialisé a permis à des centaines de millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté, grâce au transfert de fabrication de produits manufacturés dans ces pays à très bas coût de main d’œuvre. Cependant l’Afrique sub-saharienne restera socialement particulièrement défavorisée.
Si dans les pays occidentaux, cela a permis, dans un premier temps, une augmentation de la consommation de produits à bas coût, cela a aussi provoqué la suppression de millions d’emplois à faible qualification. Une autre conséquence est un enrichissement exponentiel des ultra riches et une régression du pouvoir d’achat des classes moyennes « inférieures ».
Les délocalisations financières et fiscales ont été favorisées par les gouvernements occidentaux, au service des détenteurs de l’économie, qui réduit le rôle et le contrôle des états sur l’économie mondiale. D’où l’effet pervers pour les populations qui constatent de ne plus maîtriser leur vie et leur avenir localement.
Et d’où aussi le désarroi social, les frustrations et le ressentiment anti-mondialiste, anti-élites/intellectuels, anti-institutions de plus en plus de personnes à qui les populistes désignent un bouc émissaire historique – l’étranger/l’émigré. Cette diversion permet aux partis politiques d’extrême droite d’éviter d’analyser et d’affronter les vrais problèmes sociaux et sociétaux.
L’individualisme exacerbé par le néolibéralisme (désolidarisation du collectif et du commun), un avenir régressif pour les nouvelles générations et un blocage de l’ascenseur social participent, entre autre, à un certain désenchantement démocratique (cf baisses participations électorales).
Fait nouveau de la part des USA, pour le clan Trump et ses idéologues (Peter Thiel, Curtis Yarvin, Marc Andreesen, Patrick Deneen, JD vance, Paul Dans), l’Europe est devenue la cible économique (protectionnisme avec des droits de douane exorbitants) et la cible idéologique (favorise l’élection d’un maximum de candidats de l’extrême droite et même fascistes). Les libéraux et les démocrates européens sont des ennemis de l’intérieur, pour les européens et sont devenus les ennemis de l’extérieur, pour les États-Unis (après plus de 80 ans d’alliance).
Venant de la Russie de Poutine et de la Chine de Xi Jinping, les ingérences avec les usines à désinformations et à mensonges, les attaques pour salir des personnalités démocrates ne surprennent plus. Venant des USA cela a créé une sidération des européens qui n’a pas entraîné de protestation vigoureuse. Face aux menaces de Trump de ne plus soutenir militairement l’Union Européenne, un réveil sur ses moyens de défenses militaires est en cours (avec des difficultés énormes à surmonter).
La faiblesse politique actuelle de l’Europe nous oblige à repenser : de quel monde voulons-nous (valeurs) ?, et dans quel régime politique voulons-nous vivre ?
Parmi toutes les possibilités, deux scénarios extrêmes se disputent l’avenir européen :
– soit une soumission honteuse aux volontés de l’Amérique de D. Trump et de ses idéologues, avec une démission démocratique, avec une U.E. abandonnée aux mains des populistes
– soit une U.E. réduite (sans les pays illibéraux – Hongrie, Slovaquie, Italie ?) pour défendre, soutenir et développer les causes et valeurs démocratiques (égalité, liberté, éducation, état de droit, multilatéralisme, paix, ….), U.E. dernier rempart mondial crédible contre les autoritarismes et les dictatures.
Les phénomènes Poutine, Trump, Netanyahu, Narendra Modi, Recep Tayyip Erdogan, Xi jinping, … ne passeront pas tous seuls, et ne sont pas sans fondements.
La mondialisation, dans sa version actuelle, avec ses inégalités gigantesques entre les pays (nord/sud) et à l’intérieur des pays, n’est pas porteuse d’un avenir meilleur pour une part grandissante de la population. Et la croissance économique pour résoudre tous les maux est une illusion, un leurre.
On ne peut plus s’aveugler sur la force des révisionnismes populistes en Europe, et extérieurs, en Russie, en Chine, en Inde, en Amérique. Le point commun entre le fascisme, le communisme et le trumpisme est la haine du libéralisme politique (propre à tout nationalisme). Avec deux spécificités pour le trumpisme :
– l’obscurantisme, avec une attaque sans précédent contre la science et l’intelligence humaine
– en plus de piétiner le droit international, il y a un risque de laisser faire les autres révisionnistes (Israël, Russie, Turquie,…), de les laisser s’accaparer, par la force, des territoires dans leur zone d’influence (l’Europe pour la Russie par exemple…), avec comme condition de ne pas toucher aux intérêts américains.
Cette accélération de régression du libéralisme politique créée par le clan Trump met en lumière plusieurs facteurs explicatifs : les inégalités exponentielles des revenus et des patrimoines, l’insuffisance de la démocratie représentative, le besoin de respect et d’identité, le discrédit des élites, l’hubris individualiste, la crainte d’un déclassement individuel ou national, la non maîtrise démocratique des révolutions technologiques (réseaux sociaux, IA, …) et la révolution des interactions sociales qu’ils induisent, etc.
Face à ces enjeux considérables des réponses urgentes et sérieuses sont nécessaires :
– pour défendre le droit contre la force, impératif pour préserver une planète relativement pacifique (cf règles des Nations Unies),
– prendre à bras le corps les inégalités et la hantise de paupérisation qui bouleverse les classes moyennes occidentales (cf. travaux de T. Piketty, de G. Zucman), pour une justice fiscale, pour une véritable responsabilité sociale des entreprises, pour une réelle prise en compte des protections environnementales,
– une réforme de l’économie libérale elle-même, avec une régulation et un contrôle étatique. Plus efficient.
La réponse à la crise de la démocratie impose une réflexion majeure au sein de l’Union européenne (éventuellement réduite) et un combat pour améliore la démocratie ( représentation, inégalités, …), le libéralisme économique (démocratisation, écologie, …) et le droit (fondement de paix nationale et internationale). L’autonomie stratégique de l’Europe n’est plus une option, mais une obligation.

Publications

  • Fractures dans l’Occident. Comment en est-on arrivé là, comment en sortir ?  éditions Odile Jacob, octobre 2025
  • Choisir l’avenir. 10 réponses sur le monde qui vient . CNRS édition, septembre 2024
  • L’Europe : changer ou périr. éditions Tallandier, 2022
  • L’Europe indispensable . CNRS édition, 2019
  • Où va le monde ?  avec Pascal Lamy et Jean-Michel Baer. éditions Odile Jacob, 2017 ; nouvelle édition en Poche 2018

 

ASPECTS PRATIQUES :
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Heure

18 mars 2026 18h00 - 20h00

Adresse

Amphithéatre Marsan

2 rue des puits creusés

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