À quoi servent les prisons ?

2026ven30jan18h3021h00À quoi servent les prisons ?avec Dominique Simonnot, Contrôleuse Générale des Lieux de Privation de Liberté18h30 - 21h00 Salle du Sénéchal, 17 rue Charles de Rémusat

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À quoi servent les prisons ?

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en partenariat avec la Ligue des Droits de l’Homme (LDH Toulouse) et les Amis du Monde Diplomatique (AMD Toulouse)

Avec Dominique SIMONNOT
Journaliste, spécialiste des affaires judiciaires à Libération puis au Canard Enchaîné.
Contrôleuse Générale des Lieux de Privation de Liberté depuis 2020.

Plus de 85 000 personnes sont actuellement détenues en France, souvent dans des conditions inacceptables, sans que les objectifs et les résultats du système pénitentiaire soient questionnés. Alors que la priorité devrait être à l’éducation et à la réinsertion, l‘incarcération continue d’être vue comme une punition. Comment changer ?

Au 1er juillet 2025, on comptait en France 84 951 détenus (86 229 au 1er décembre) pour 62 509 places disponibles, soit une augmentation de 8,2% sur un an et un taux moyen d’occupation de 136%. Ce taux montait à 167% pour les seules maisons d’arrêt où se trouvent les personnes qui purgent de courtes peines ou sont en attente de jugement
A la maison d’arrêt de Seysses, en Haute Garonne, le 7 avril 2025, il était de 210% pour les femmes et de 218% pour les hommes. 23% des prisonniers dormaient sur des matelas à même le sol dans des cellules de 10 à 14 m2 occupées par trois personnes. La seule question est de savoir s’il est encore possible de jeter quelque part un matelas supplémentaire au sol. Le dernier arrivé dort par terre, même s’il s’agit d’une femme enceinte ou d’un détenu âgé de plus de 70 ans.
De telles conditions indignes, auxquelles il faut ajouter les conditions d’hygiène avec les cafards qui pullulent dans les cellules et les rats aux abords, génèrent tension et violence parmi les détenus, ainsi qu’angoisse et insécurité pour des surveillants en sous-effectif.

Cellules suroccupées de la maison d’arrêt femmes de Toulouse-Seysses

Cellules suroccupées de la maison d’arrêt femmes de Toulouse-Seysses.                     © K. Bizard / CGLPL

Cellules suroccupées de la maison d’arrêt hommes de Toulouse-Seysses.              © K. Bizard / CGLPL

 

 

 

 

 

 

 

Pour la plupart de nos concitoyens, cette situation est au mieux méconnue, quand elle n’est pas considérée comme normale au nom de la punition, jamais assez sévère, qu’il faut infliger à ceux qui ont commis crimes ou délits.
Or, toutes celles et tous ceux qui connaissent le sujet savent pertinemment qu’une telle situation est un obstacle à l’éducation et à la réinsertion, ainsi qu’un boulevard pour le ressentiment et l’endurcissement et finalement la récidive, en particulier chez les plus jeunes.

Dominique Simonnot est Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté (CGLPL) depuis 2020 et jusqu’en 2026. Son rôle est de veiller au respect des droits fondamentaux pour toutes les personnes privées de liberté en prison, en centre de rétention, en hôpital psychiatrique, en centre éducatif fermé, dans les tribunaux, les commissariats ou les brigades de gendarmerie … C’est une autorité administrative indépendante qui est nommée pour 6 ans, sans possibilité de révocation, ni de renouvellement, qui peut inspecter à l’improviste tout lieu de privation de liberté, qui a une totale liberté de parole, ne prend pas de décision, mais émet des recommandations auxquelles les responsables de ces lieux, jusqu’aux ministres compétents, sont tenus de répondre. Sur le site du CGLPL, on peut écouter le podcast « Les enfermé.es » où tout cela, et bien plus, est expliqué.

Podcast “Les Enfermé·es” disponible sur le site internet du CGLPL (https://www.cglpl.fr/publications/les-enferme-es-podcast) ainsi que sur toutes les plateformes d’écoute (Deezer, Spotify, Apple podcast, etc.).

La question que nous voudrions aborder avec Dominique Simonnot est : « A quoi servent les prisons ? ». Différents objectifs plus ou moins contradictoires peuvent en effet être assignés au système pénitentiaire :

  • Protéger la société vis-à-vis d’individus dangereux.
  • Infliger une punition à des individus fautifs.
  • Offrir à des victimes une certaine forme de vengeance pour les préjudices qu’elles ont subis.
  • Faire réfléchir, par son existence, ceux qui seraient tentés par un comportement déviant.
  • Pour des dirigeants, contrôler et mettre au pas une partie agitée de la population : les pauvres, les jeunes, les immigrés …
  • Pour des politiques, offrir aux honnêtes citoyens la satisfaction d’être du bon côté de la barrière, dans le camp du bien face aux forces du mal.
  • Pour d’autres, comme Dominique Simonnot, tout d’abord, la prison n’est pas la seule réponse à la délinquance puisqu’il existe des peines alternatives telles que les travaux d’intérêt général ou la mise sous surveillance électronique … Mais l’emprisonnement, quand il est jugé nécessaire, est une occasion de soigner et d’éduquer les personnes en vue d’une future réinsertion dans la société.

Au vu des politiques menées et des résultats obtenus, il est clair que le système pénitentiaire actuel est essentiellement et de plus en plus un système punitif. Il s’agit de punir, de punir et de punir encore les individus fautifs pour les crimes ou délits qu’ils ont commis. Soin et éducation passent au second plan, quand ils ne disparaissent pas complètement.
Les très mauvais résultats d’une telle approche (désocialisation et paupérisation des personnes détenues, mauvaise préparation à la sortie et suivi insuffisant après cette sortie, conduisant à un taux élevé de récidive) servent à justifier des punitions toujours plus fortes. La boucle est bouclée. Le système produit le carburant de son propre développement.
Avec Dominique Simonnot, nous réfléchirons aux moyens de stopper la machine infernale et de remettre au centre du système les objectifs de soin, d’éducation et de réinsertion.

Biographie

Dominique Simonnot a été nommée le 14 octobre 2020, pour 6 ans, au poste de Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.
Née le 4 août 1952 à Radolfzell (Bade-Wurtemberg), Dominique Simonnot est une journaliste française, spécialiste des affaires judiciaires.
Après le bac et des « petits boulots », elle travaille au sein d’un cabinet d’avocats parisiens, tout en poursuivant des études de droit à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, où elle obtient une licence en droit privé.
En 1979, elle devient conseillère d’insertion et de probation (à l’époque déléguée à la probation) au comité de probation de Nanterre (aujourd’hui service pénitentiaire d’insertion et de probation)
En 1991, elle intègre le quotidien Libération comme reporter au service Informations Générales (police/justice/immigration) et écrit beaucoup sur les affaires judiciaires, la politique pénale, la condition carcérale, (surpopulation, violences en détention, folie en prison), ainsi que sur les sans-papiers, les centres de rétention et l’enfance en danger ou délinquante.
En 1995, elle est élue présidente de la Société des rédacteurs et du Conseil de surveillance de Libération, fonction qu’elle occupe jusqu’en 2001. Elle est parallèlement nommée cheffe du service Informations Générales.
De 1998 à 2006, elle chronique, tous les lundis, les audiences de comparutions immédiates, sous le titre Carnets de justice.
En 2006, elle entre au Canard enchaîné, où elle traite, entre autres, des mêmes sujets qu’à Libération et continue sous le titre Coup de barre, la chronique des comparutions immédiates.
En 2017, ses chroniques des comparutions immédiates au Canard enchainé sont adaptées au théâtre de la Manufacture de Nancy. La pièce est reprise au Théâtre du Rond-Point à Paris la même année sous le titre : Comparution immédiate, une justice sociale ? En 2019, une seconde adaptation de ses chroniques est mise en scène, toujours à La Manufacture de Nancy et également reprise en janvier 2020 au Rond-Point à Paris.

Publications

  • Coups de barre : Justice et injustices en France, Seuil (2019)
  • Amadora : Une enfance tzigane, Seuil (2018)
  • Plus noir dans la nuit : La grande grève des mineurs de 1948, Calmann-Lévy (2014)
  • Justice en France : une loterie nationale, Éditions de la Martinière (2003)

 

ASPECTS PRATIQUES :
S’inscrire ICI pour l’accès à la conférence en présentiel ou en distanciel.
Entrée gratuite pour les adhérents du GREP, des AMD et de la LDH.

Heure

30 janvier 2026 18h30 - 21h00

Adresse

Salle du Sénéchal

17 rue Charles de Rémusat

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